|
La base d'unité politique
Table des matières
Préambule
1. Les centres de femmes : Leur orientation, leur projet féministe
2. Les mandats des centres de femmes
3. La vie associative
4. Appartenance à L'R
5. Adhésion à la base d'unité
Préambule
Les
centres de femmes du Québec forment un réseau important et significatif pour
des milliers de femmes. Ils sont ouverts à toutes les femmes. Enracinés dans
des communautés rurales ou urbaines, ils sont en mesure de bien connaître et de
bien comprendre les besoins, problèmes et revendications des femmes.
Les centres savent que la situation politique et économique et sociale des femmes
demeure problématique. Au Québec, comme partout ailleurs, les femmes sont peu
présentes sur la scène politique. Pire encore, elles se retrouvent massivement
dans les couches les plus pauvres de la société. Ce qui caractérise leur
situation d'exclusion ou d'oppression, c'est, entre autres:
-
la violence sous toutes ses formes et ses effets;
-
la discrimination et l'iniquité en emploi qui se manifestent par la
concentration des femmes dans certains secteurs d'emplois bien précis ou dans
des emplois à statut précaire, sous payés et sans bénéfices marginaux;
-
les problèmes d'accessibilité des services de garde en terme de places
disponibles, d'heures de service et de coûts;
-
la monoparentalité, passeport fréquent pour la pauvreté et l'exclusion sociale;
-
les problèmes relatifs aux pensions alimentaires;
-
l'exploitation sexiste du corps des femmes (pornographie, prostitution, etc.);
-
la surmédicalisation chez les femmes;
-
l'iniquité en matière de partage des responsabilités familiales incluant le
soin des enfants et des proches.
La pauvreté des femmes est liée, entre autres, aux rôles féminins traditionnels,
dont la responsabilité des enfants, et au fait qu'elles n'ont pas ou peu de
revenus décents et ne possèdent pas ou peu de capital. La pauvreté porte
atteinte à leur santé physique et mentale. De plus, elle est aggravée par les
politiques des gouvernements actuels qui préfèrent réduire les dépenses
sociales plutôt que de s'attaquer résolument à la redistribution de la richesse
et à la création d'emplois durables. Elle est liée également à leur absence et
à la non-prise en compte de leur réalité dans les politiques de développement
régional et local.
L'extrême difficulté pour de nombreuses femmes de participer à la vie politique et
sociale et la précarité de leur situation économique se doublent, pour
certaines d'entre elles, de d'autres facteurs de discrimination systémique sur
la base de leur handicap, de leur orientation sexuelle ou de leur origine
ethno-culturelle.
Cette forme de discrimination se manifeste par un ensemble d'attitudes, de
comportements et de pratiques défavorables à l'endroit de groupes spécifiques
et qui, bien que parfois inconscients, sont très présents notamment sur le
marché du travail, dans les institutions scolaires, financières, de santé et de
services sociaux. Cela crée des obstacles à la reconnaissance et l'insertion
sociale, économique, politique et culturelle des femmes handicapées, de
communauté culturelles et autochtones et des lesbiennes, lesquelles voient
leurs besoins et leurs droits non-reconnus.
L'isolement, la perte d'estime de soi, l'appauvrissement, la marginalisation marquent beaucoup
de femmes parmi celles qui viennent frapper aux portes des centres. C'est
pourquoi ceux-ci, tout en soutenant les femmes dans leur démarche d'autonomie,
travaillent avec d'autres groupes de femmes et communautaires à changer les
lois, les politiques, les institutions et les mentalités.
Les centres luttent donc sur plusieurs fronts à la fois : changer les lois discriminatoires
pour les femmes; promouvoir l'équité salariale, la liberté de choix aux plans
de la sexualité et de la reproduction; dénoncer la violence sous toutes ses
formes; favoriser l'accès des femmes aux lieux de pouvoir; promouvoir des
rapports égalitaires entre les femmes et les hommes; rappeler le rôle social et
économique de l'État comme garant du bien-être de la société québécoise et de
la redistribution de la richesse; développer des ressources pour favoriser et
soutenir l'autonomie socio-économique des femmes, etc.
Les centres appuient aussi les revendications des femmes des communautés ethniques et
autochtones. Ils sont solidaires des femmes du monde qui luttent pour se sortir
de la pauvreté et pour être respectées dans leur intégrité et leur dignité.
Les centres de femmes contribuent à définir une nouvelle société qui doit tenir compte des
aspirations et des valeurs féministes. Ils interviennent autant sur des
attitudes personnelles qu'au niveau politique. Ce faisant, ils remettent en
question l'idéologie sexiste 1 et l'organisation patriarcale
(structures, institutions, fonctionnement de notre société) qui ont pour effet
de maintenir les inégalités entre les hommes et les femmes.
1. Par idéologie sexiste (patriarcale), on fait référence à un ensemble d'idées et de
croyances qui infériorisent les femmes et les considèrent au service des
hommes. De plus, souvent les femmes ont intégré ces idées et croyances qui leur
ont été inculqués à travers le processus de socialisation.
1. Les centres de femmes : Leur orientation, leur projet féministe
Les centres de
femmes sont des ressources locales ou sousrégionales. Ils offrent aux femmes de
leur communauté un lieu d'appartenance et de transition, une alternative à leur
isolement, un réseau d'éducation et d'action. Les centres sont polyvalents. Ils
n'interviennent non pas sur une problématique en particulier mais sur la
condition féminine dans son ensemble.
Ouverts à la diversité, les centres visent à être accessibles à toutes les femmes de leur
milieu. Cependant, des centres peuvent choisir de répondre de façon prioritaire
mais non exclusive à des femmes appartenant à des groupes doublement
discriminés: femmes handicapées, autochtones, de communautés ethniques et
lesbiennes.
Les centres sont mis sur pied et gérés par et pour des femmes exclusivement. Les femmes qui
viennent dans les centres sont considérées comme des participantes à part
entière plutôt que comme des usagères. Les travailleuses, rémunérées ou non,
sont des femmes qui s'engagent auprès et avec d'autres femmes pour la
réalisation du projet féministe. Les centres de femmes se caractérisent
par :
1.1 L'orientation féministe
Par cela, on entend :
- favoriser une prise de conscience des stéréotypes sexistes;
- favoriser une prise de conscience des causes socio-politiques des problèmes rencontrés individuellement, ce qui a pour effet de déculpabiliser les femmes;
- avoir confiance dans le potentiel de chaque femme, valoriser ses connaissances, ses expériences;
- démystifier le rôle des travailleuses de façon à développer des rapports égalitaires et équitables entre elles et les participantes;
- soutenir les femmes dans des démarches d'autonomie leur permettant d'acquérir plus de pouvoir sur leur vie; respecter leur cheminement et leurs choix;
- stimuler l'entraide, le soutien et la solidarité entre les femmes;
- rechercher des solutions collectives aux besoins et intérêts des femmes;
- susciter la participation des femmes à la vie démocratique et sociale.
1.2 Une approche globale et non-compartimentée des problèmes des femmes
Les centres refusent de découper la réalité des femmes en mille et une problématiques
isolées les unes des autres. Cette approche favorise une intervention sur
toutes les facettes de la vie des femmes misant sur ce qu'elles perçoivent
individuellement et collectivement de leur situation et de leurs expériences.
1.3 Une approche d'éducation populaire
À travers les
services, les activités éducatives, l'action collective et la vie associative,
les centres favorisent des démarches d'apprentissage et de réflexion critique
qui amènent les femmes à une prise de conscience individuelle et collective de
leurs conditions de vie. Ces démarches leur donnent les moyens d'avoir plus de
pouvoir sur leur quotidien, d'améliorer et de transformer les conditions
affectives, sociales, économiques, politiques et culturelles dans lesquelles
elles vivent. Conséquemment, les centres permettent aux femmes de se percevoir
elles-mêmes comme agentes de changement et citoyennes actives qui participent à
la vie démocratique et sociale de leur milieu.
1.4 Une lutte contre les préjugés, qu'ils soient fondés sur le sexe, l'appartenance ethnique, l'orientation sexuelle, le statut social, etc.
Par leurs
pratiques, les centres de femmes font la promotion d'attitudes, de
comportements qui combattent le sexisme, l'exclusion et la discrimination.
1.5 Le développement d'une solidarité concrète autour de problèmes communs ou de projets collectifs
Solidaires, les
centres de femmes travaillent en concertation avec des groupes de femmes et
autres groupes pour l'amélioration et la transformation des conditions de vie
des femmes et des communautés.
2. Les mandats des centres de femmes
Les centres se
sont donné trois mandats : les services, les activités éducatives et l'action
collective. Les services et activités sont offerts gratuitement ou à coûts
minimes.
2.1 Les services
Les services
peuvent comprendre de l'aide individuelle et de groupe (écoute, accompagnement,
référence, groupes d'entraide), les services d'une halte-garderie, d'un centre
de documentation, etc. Ils viennent soutenir les femmes dans leur démarche
d'autonomie.
2.1.1 Dans les centres, les femmes sont des participantes à part entière et non des consommatrices de services.
2.1.2 L'aide individuelle
Les centres n'effectuent pas de diagnostic, n'ouvrent pas de dossier et n'offrent pas de
thérapie.
Les femmes en difficulté qui se présentent dans les centres sont accueillies par des
travailleuses pouvant leur offrir écoute, support, référence et accompagnement
et ce, en toute confidentialité. Ce soutien individuel est offert au besoin et
non dans le cadre d'une démarche formelle de suivi individuel. Cela implique
que:
- les femmes sont libres de se présenter, sans rendez-vous, de façon anonyme, au moment où elles en éprouvent le besoin;
- les travailleuses n'ont pas à déterminer la nature du ou des problèmes des femmes
qui dévoilent leurs difficultés et malaises. Elles les supportent dans
l'expression de leur vécu, dans l'affirmation de leurs besoins et désirs; elles
les accompagnent dans la recherche de solutions aux problèmes qu'elles ont
ellesmêmes identifiés.
Par conséquent, la nature de l'aide individuelle offerte dans les centres ne requiert
aucunement l'ouverture de dossiers 2 dans lesquels sont
consignées des informations sur les femmes.
De plus, tout en offrant un soutien individuel aux femmes, les travailleuses les encouragent à
participer aux activités du centre. En effet, les centres privilégient
l'intervention de groupe parce qu'ils considèrent que c'est le meilleur moyen
de briser l'isolement des femmes, de renforcer leur estime de soi et leur
autonomie. En favorisant l'intégration des femmes dans des activités de
groupes, les centres leur permettent d'échanger avec d'autres participantes
vivant des situations problématiques semblables ou des réalités spécifiques. De
cette mise en commun émerge souvent une solidarité qui favorise le soutien et
l'entraide dont les femmes ont besoin pour réaliser des changements à
l'intérieur de leur vie et pour améliorer collectivement leurs conditions de
vie.
2. On fait référence ici à des dossiers qui contiennent: des jugements et commentaires sur
les sentiments, désirs, problèmes et difficultés exprimés par une femme; une
évaluation de sa situation, un diagnostic sur son état de santé mentale ou
physique; etc.
2.2 Les activités éducatives
Par activités éducatives, on entend: les activités de sensibilisation, d'information et de
formation sur différentes thématiques; l'animation culturelle 3;
la formation par l'action; la participation à la vie associative.
2.2.1 L'approche privilégiée à travers l'ensemble des activités éducatives favorise la mise en
commun et la valorisation des connaissances et de l'expérience que les femmes
tirent de leur vécu. Les participantes sont les actrices de leur cheminement.
Elles font des apprentissages qui leur servent à faire des choix et à
identifier des solutions individuelles et collectives aux difficultés et
problèmes qu'elles rencontrent.
2.2.2 Les activités éducatives permettent aux femmes de renforcer leur estime
d'elles-mêmes, leurs capacités de s'affirmer et d'exprimer leurs besoins dans
le but de développer leur autonomie.
2.2.3 Les activités éducatives visent l'action puisque c'est ensemble que les femmes
pourront agir sur les causes socio-politiques, économiques et culturelles des
injustices qu'elles subissent.
2.2.4 Les centres reflètent les réalités vécues par les femmes, quelle que soit leur appartenance
ethno-culturelle ou sociale ou leur orientation sexuelle.
2.2.5 Les centres s'engagent à sensibiliser les femmes aux réalités politiques, sociales et
économiques qui influencent les conditions de vie des femmes d'ici et
d'ailleurs dans le monde pour développer des liens de solidarité autour de
problèmes communs.
2.2.6 Les activités sont animées par des femmes qui partagent l'orientation féministe des
centres de femmes.
3. L'animation culturelle facilite le processus de conscientisation par
l'utilisation d'outils culturels tels l'écriture et la publication d'un
journal, des ateliers de création collective, la production d'un vidéo, la
participation à une chorale, etc. Ces moyens permettent aux femmes de prendre
la parole. En articulant collectivement leur vécu, elles prennent une distance
critique face à leur situation leur permettant ainsi de voir les possibilités
de changements.
2.3 L'action collective
Par action collective, on entend l'ensemble des stratégies d'action visant à défendre et
promouvoir les droits et intérêts des femmes dans une perspective de changement
social. Les actions menées et appuyées par les centres peuvent se situer autant
au plan local, régional, national et mondial.
2.3.1 L'action collective dans les centres est un moyen pour atteindre les objectifs
d'autonomie au plan individuel et collectif.
2.3.2 Les actions sont diversifiées et partent des besoins des femmes. Celles-ci décident
ensemble des objectifs, stratégies et des moyens.
2.3.3 Les actions visent l'équité, l'égalité en droit pour les femmes, et la justice sociale.
2.3.4 La participation à des actions collectives permet aux femmes d'être actives dans
la communauté en tant que citoyennes critiques, revendicatrices et solidaires.
2.3.5 Par l'action collective, les centres jouent un rôle actif dans les transformations
sociales et politiques nécessaires pour contrer les injustices et la
discrimination.
3. La vie associative
La vie associative des centres de femmes est démocratique. Elle favorise le partage du
pouvoir entre les participantes, travailleuses bénévoles, travailleuses
rémunérées. Ensemble elles forment une équipe qui assure la mise en oeuvre du
projet féministe du centre.
La gestion collective mise sur la participation des femmes au processus démocratique :
assemblée générale, conseil d'administration ou collective, comités de travail
ou d'action. etc. Ces structures sont souples et accessibles à toutes afin de
permettre aux femmes de s'y intégrer facilement.
Les centres recherchent de nouveaux modèles d'organisation et de gestion, conformes à leur
orientation féministe et à leur projet éducatif en y intégrant des pratiques
plus égalitaires.
3.1 Les participantes, les travailleuses bénévoles et les travailleuses rémunérées
s'impliquent dans les différentes structures décisionnelles du centre :
assemblée générale, conseil d'administration ou collective, comités de travail
ou d'action, etc. selon des modalités propres à chaque centre.
3.2 Toutes les travailleuses rémunérées, incluant celles qui sont embauchées sur des projets,
prennent part aux décisions qui concernent leur travail et délèguent au moins
une représentante de leur choix au c.a. ou à la collective.
3.3 Les centres clarifient leurs rapports avec les employées dans un contrat de travail. Ce
contrat intègre les revendications féministes sur les conditions de travail.
Les travailleuses participent à l'élaboration du contrat de travail qui précise
l'ensemble des conditions de travail incluant les conditions d'embauche, une
description des tâches, une politique de rémunération, un processus
d'évaluation et de congédiement, le recours à la médiation en cas de conflit,
etc.
4. Appartenance à L'R
Le Regroupement provincial des centres de femmes, appelé l'R a été fondé en 1985. Les centres
ont fixé à leur regroupement les objectifs suivants :
- Développer et soutenir le réseau des centres de femmes;
- Assurer la cohésion et le renouvellement des pratiques des centres en fonction de la base
d'unité;
- Appuyer les actions des groupes, associations et regroupements qui visent l'autonomie,
l'égalité en droit et l'équité pour les femmes ainsi que la promotion de leurs
intérêts, et la justice sociale;
- Développer la concertation entre les centres de femmes;
- Représenter les centres de femmes dans leurs revendications communes.
4.1 Ces objectifs sont toujours d'actualité et les centres réaffirment l'importance d'un
regroupement provincial dynamique et représentatif. A l'heure de la
régionalisation, les centres veulent continuer à se concerter provincialement,
à développer leur solidarité et à travailler ensemble à des changements en
profondeur dans la situation des femmes. En ce sens, l'R est un lieu essentiel
de soutien aux centres et d'action socio-politique.
4.2 En conséquence de ce qui précède, les centres reconnaissent l'importance de
s'impliquer au sein du Regroupement provincial, que ce soit à l'intérieur des
tables régionales, des comités ou du comité de coordination. Les centres
participent aussi à l'assemblée générale annuelle de l'R et se prononcent sur
les orientations et les perspectives de travail.
4.3 Le comité de coordination de l'R a pour devoir de représenter les besoins, intérêts et
opinions des centres. Pour ce faire, il les consulte sur toutes les questions
jugées importantes et sur celles qui impliquent leur collaboration.
4.4 Cependant, dans des questions d'actualité qui demandent une réaction rapide, l'exécutif de
l'R peut prendre position avec un regard et un point de vue féministes. Par la
suite, l'exécutif et le C.A. doivent consulter les centres pour élaborer un
plan d'action à long terme.
5. Adhésion à la base d'unité
Qu'est-ce qu'une base d'unité sinon un ensemble de valeurs qui cimentent les
liens entre les centres de femmes. C'est le miroir dans lequel chaque centre se
reconnaît, en même temps que la base idéologique d'un mouvement où le centre
participe, se solidarise, se mobilise.
Une base d'unité est dynamique. Son application peut évoluer au fil des ans. Cependant, chaque
centre s'engage à en respecter les principes, dans toutes ses activités.
5.1 Chaque centre membre de l'R adhère en principe et en pratique aux objectifs du Regroupement
et à sa base d'unité. Conséquemment, les règlements généraux de chaque centre
sont le reflet de la base d'unité.
|