Le 18 octobre, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale et la Fédération de ressources d'hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec apprenaient, via les médias, la création par le ministre Bolduc d'un comité d'experts sur les homicides familiaux. « Nos membres ont le mandat d'assurer la protection des victimes de violence conjugale, femmes et enfants. Nous travaillons depuis plusieurs années en concertation avec d'autres partenaires sur l'homicide conjugal et nous sommes étonnées que le ministre ne nous ait pas associées à cette importante démarche », souligne Manon Monastesse, directrice de la Fédération. « Nous pouvons témoigner de la réalité vécue chaque jour par les femmes menacées par leur conjoint ou ex-conjoint et des mécanismes de prévention adaptés; nous demandons d'être partie prenante de ce comité d'experts », d'ajouter Nathalie Villeneuve, présidente du Regroupement.
Le terme d'homicide familial peut référer à toute une série de phénomènes : homicides de proches en raison de problèmes de santé mentale, meurtres par compassion, refus de perdre le contrôle sur la conjointe (homicide conjugal-uxoricide). Or, lorsque des femmes sont tuées, elles le sont le plus souvent par un conjoint ou un ex-conjoint dominant qui refuse la perte de contrôle sur sa conjointe que représente pour lui la séparation. Pensons à Édith Bolduc tuée récemment à Trois-Rivières par un conjoint déjà accusé de voies de fait à son endroit, à Yaneth Hernandez Constanza Gallego tuée devant ses enfants à Drummondville en mars lors d'un échange de garde d'enfants, à tant d'autres femmes tuées chaque année (15 femmes victimes d'homicide conjugal en 2009, Violence conjugale, Statistiques 2009, ministère de la Sécurité publique, 2011). Encore en fin de semaine, deux femmes ont été victimes de tentative d'homicide conjugal dans la région de Québec.
« La Fédération de ressources, en lien avec le Centre de recherche interdisciplinaire en matière de violence familiale et faite aux femmes (CRIVIFF), a développé Agir pour prévenir l'homicide de la conjointe (2004), un outil qui permet d'évaluer la présence d'indices de risques d'homicide », rappelle Madame Monastesse. Utilisé dans les maisons membres de la Fédération, cet outil a inspiré le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) qui, cette année, a doté ses patrouilleurs d'un aide-mémoire pour mieux évaluer les situations à risque. De son côté, le Regroupement participe depuis 2004 à un projet pilote mené par la maison La Séjournelle (Shawinigan). Ce projet, nommé Carrefour sécurité en violence conjugale, a permis de tester un outil d'évaluation des risques à la sécurité pour l'ensemble des intervenants auprès des victimes, de leurs proches ou des contrevenants de la région et de mettre en place des mécanismes concertés de collaboration en cas de danger. Le projet est prêt à être implanté ailleurs.
Ces actions s'inscrivent dans la foulée du Plan d'action gouvernemental 2004-2009 en matière de violence conjugale où le gouvernement s'était notamment engagé à « Analyser des outils visant à évaluer le risque de dangerosité du conjoint violent et favoriser, le cas échéant, leur utilisation » (mesure 67). Consultés sur un prochain plan d'action, nos organismes ont recommandé la poursuite de ces actions. Or, en annonçant la mise sur pied de ce comité, sans jamais nous consulter, le ministre fait fi de l'expertise développée ces dernières années. « Nous demandons au ministre Bolduc de rectifier la situation et d'accorder un siège à chacune de nos associations sur ce comité d'experts », ajoute Nathalie Villeneuve.
Source : CNW, 18.10.2011
Page reliée : Drames familiaux : l'étroitesse du mandat, Catherine Charron, Le Devoir, 17.10.2011





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