Le 9 mai, en conférence de presse (que l'on peut écouter intégralement ici), la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, qui a organisé la manifestation du 4 mai à Victoriaville en marge du Conseil général du Parti libéral du Québec, faisait connaître certains faits majeurs concernant les abus policiers qui ont alors eu lieu. « On recense environ 400 blessures mineures traitées par des médics, dont des plaies ouvertes (certaines nécessitant des points de suture), des brûlures aux yeux, des ecchymoses causées par des projectiles, des difficultés respiratoires dues aux gaz, des chevilles foulées. C’est ça le message de dialogue que veut lancer le gouvernement? », s’exclamait Johanne Nasstrom, de la Coalition des Tables Régionales d’Organismes Communautaires (CTROC) et co-porte-parole de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics.
Récapitulation de certains faits
La manifestation du 4 mai réunissait à Victoriaville des milliers d’étudiant-es, mais aussi des travailleurs et des travailleuses de tous les âges, des personnes âgées et des familles avec de jeunes enfants. C’est sans avertissement ni ordre de dispersion que les policiers de la Sûreté du Québec ont commencé à bombarder l’ensemble des manifestant-es de gaz irritants, une dizaine minutes seulement après leur arrivée devant l’hôtel où avait lieu le Conseil général du PLQ. Une fois les gaz irritants lancés, la manifestation s’est disloquée, la grande majorité des manifestant-es fuyant l’afflux dangereux de gaz. Afin de les faire reculer encore davantage, les policiers ont gazé à outrance pendant deux heures et ont utilisé des balles de plastique, causant des blessures majeures chez certaines personnes participant à la manifestation.
De nombreuses personnes ont été blessées par les projectiles policiers, dont certaines très sérieusement. Un jeune homme, atteint à l’œil, a subi une fracture du crâne et a perdu l’usage de son œil. Il a dû subir d’importantes chirurgies, est toujours hospitalisé aux soins intensifs, même si son état, d’abord jugé précaire, s’est stabilisé. Un autre jeune homme a subi un traumatisme crânien et une contusion cérébrale. Il est demeuré quatre jours en unité d’observation. Une jeune fille a subi une fracture de la mâchoire et la perte de plusieurs dents. Elle a dû être hospitalisée pendant quatre jours et subir une importante chirurgie.
Une force policière excessive et dangereuse pour la sécurité des manifestant-es
« Aujourd’hui, nous tenons à dénoncer la gestion du conflit étudiant par Jean Charest et les stratégies d’intervention des forces policières. Depuis maintenant trois mois, cette gestion scandaleuse suscite une colère grandissante chez les étudiant-es et les mouvements sociaux. Et en réponse à cette grogne montante, causée par la mauvaise foi du gouvernement dans ce dossier, nous avons été témoins, à Victoriaville, de l’escalade de la répression utilisée par les forces policières, répression qui a failli coûter la vie à un manifestant! La responsabilité de ces dérapages incombe à Jean Charest », continuait Madame Nasstrom.
Deux infirmières membres de l’équipe de secouristes sur les lieux ont témoigné : « J’ai dû intervenir en urgence auprès de deux manifestants grièvement blessés à la tête par des projectiles. Le premier a été atteint à l’oreille, présentait une lacération et un saignement important de l’oreille et des signes de traumatisme crânien puisqu’il avait chuté. Le second était sévèrement atteint à l’œil, il présentait un saignement important du même œil et des signes d’atteintes crâniennes sous-jacentes. Les jeunes, qui étaient dans une condition précaire, ont dû être déplacés à plusieurs reprises, trois fois pour le premier blessé et une fois pour le deuxième. Ces déplacements ont été effectués afin d’éviter les gaz irritants, les balles de plastique et le piétinement par les manifestant-es qui fuyaient au devant des forces de l’ordre. Ces entraves à nos soins auraient pu être fatales pour les blessés en question si ce n’avait été de la vigilance des manifestant-es et secouristes qui protégeaient l’équipe de soins », rapporte Karoline Demers.
Corroborant ses dires, Sophie Vallée-Desbiens, une autre infirmière secouriste présente sur les lieux, enchaîne : « J’ai été sollicitée à plusieurs reprises au cours de la soirée de vendredi afin d’intervenir auprès de personnes présentant des blessures dont la gravité dépassait largement les moyens dont je disposais, et qui nécessitaient des transports d’urgence dans des centres médicaux. Les délais encourus avant leur prise en charge médicale par les autorités compétentes ont potentiellement contribué à l’aggravation de leur état ».
Le gouvernement doit reconnaître ses responsabilités et dénoncer la violence policière
« Alors que le gouvernement a demandé aux représentant-es étudiant-es de condamner la violence, nous ne voyons pas Jean Charest dénoncer les violences abusives dont font preuve les forces de l’ordre dans le cadre de manifestations citoyennes. Quand des policiers tirent des balles de caoutchouc et de plastique, on est en droit de se demander de qui la violence est l’oeuvre. Le premier ministre du Québec, plutôt que de faire des blagues de mauvais goût devant certains investisseurs, devrait dénoncer la brutalité policière », de continuer, Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la CLASSE.
« Ce que nous avons vu à Victoriaville est une vraie tragédie », ajoute Marie Blais, de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) et co-porte-parole de la Coalition. « Après la manifestation, les gens étaient choqués, sonnés. Personne ne pensait que ce genre d’opération policière puisse se produire au Québec », rapporte-t-elle. La Coalition a d’ailleurs reçu de nombreux témoignages dans les derniers jours, autant de personnes présentes que de parents d’étudiant-es abasourdi-es. « On ne peut pas, comme société ou comme gouvernement défendre la liberté d’expression seulement quand ça fait notre affaire, les droits sont là pour être protégés justement quand ils sont menacés, et cela, c’est la responsabilité du gouvernement », conclut Madame Blais.
Une enquête publique et indépendante urgente
La Coalition condamne les violations aux droits de manifester, à la liberté d’expression dont nous avons été témoins depuis le début de la grève étudiante. Il s’agit de droits fondamentaux garantis, tant par la Charte des droits et libertés du Québec que par la Charte canadienne des droits et libertés. C’est pourquoi la Coalition demande une enquête publique et indépendante.
« Le nombre de blessés et la gravité des blessures occasionnées par le recours aux balles de plastique pour contrôler la foule à Victoriaville méritent à eux seuls qu’une enquête publique indépendante soit tenue. Cependant, la Ligue des droits et libertés a colligé, depuis le début de la grève étudiante, un ensemble d’éléments qui justifie que l’enquête porte plus largement sur les plans stratégiques des forces de l’ordre utilisés depuis le début de la grève étudiante, notamment l’utilisation d’armes diverses, les arrestations massives et préventives, les conditions de détention des personnes arrêtées de même que les conditions de libération. De plus, la Ligue demande l’arrêt immédiat de l’utilisation des balles de plastique et de toute autre arme similaire comme technique de contrôle des foules », termine Dominique Peschard, président de la Ligue des droits et libertés.
Source : nonauxhausses.org, 09.05.2012
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