par Anne Lagacé, agente de liaison au Centre de Femmes Vie Nous V'Elles
Effectivement, ce fût une manifestation difficile. Ce qui nous a outrées le plus de cette tactique policière démesurée, outre le fait que nous ayons craint pour la vie de nos camarades de tous horizons dans la manifestation (parce qu’elle n’a jamais été déclarée comme une émeute ou autre avant que la SQ nous vide son stock de gaz dessus, et s’ils n’en ont pas lancé 100 la première heure, on a rien eu), c’est le fait que les forces policières n’ont pas jugé bon de donner d’avertissement ou d’ordre d’évacuation. S’ils l’ont fait, c’est avec leur masque au visage et sans porte-voix. C’est de la mauvaise foi.
Non seulement la police était en surnombre et aurait pu voire dû arrêter rapidement les gens qui commettaient des gestes illégaux et éviter la scène de guerre civile à laquelle nous avons assisté malgré nous, mais elle aurait à tout le moins pu cibler ses attaques avec discernement et, bien sûr, donner la chance de se retirer aux groupes qui ne voulaient pas être dans une émeute (un avertissement aurait fait la job!). Ainsi, des bébés de l’âge de mon fils – 18 mois – n’auraient pas été gazés.
Autre indignation : devant ces manques graves, le chef du PLQ refuse de prendre la responsabilité de la crise. L’ordre de gazer sans donner de chance à quiconque ne vient pas de la base. Mais Charest reporte la faute sur les groupes qui ont organisé la manifestation, qui était fort pacifique avant les attaques policières. Savez-vous que la SQ a délibérément nui au travail des médics (voir le témoignage d’une infirmière)? Savez-vous que, même en temps de guerre, même envers le camp ennemi, on doit faciliter le travail des médics? Que c’est inscrit dans la convention internationale? Que Charest est sorti publiquement pour féliciter le « travail« » de la SQ, même s’il est bien placé pour connaître ses devoirs et obligations envers les droits humains? Que même au Chili et en Bolivie, à l’époque de la dictature - soit avant la constitution de 1980 pour le Chili et avant 2006 pour la Bolivie - les manifestant-es étaient mieux traité-es que nous l’avons été le 4 mai dernier?
J’entend encore des commentaires comme « Vous l’avez mérité », « Vous nuisez à la cause » de mes ami-es absent-es à Victoriaville. Car quiconque y était sait la violence de l’injustice que nous y avons vécue. Ces commentaires me sont comme un deuxième coup porté à l’âme. J’ai eu à me réparer après Victoriaville où j’ai eu très mal à l’humanisme. Je m’en suis remise en partageant avec qui avait survécu à Victo et en constatant que je n’étais pas seule avec mes émotions et que d’autres veulent agir pour sauver le Québec de la dictature qui se dessine doucement, aidée par la convergence médiatique.
Surveillez quand même la presse du 9 mai. Car si ce n’est pas la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics qui sort pour dénoncer ce qui s’est réellement passé à Victo, ce sera la TROC-M. Maintenant, je ne prend plus pour acquis que nous vivons dans un pays où règne une certaine paix sociale. Pas tant que Harpeur et Charest, qui n’ont plus de patience pour le jeu démocratique ni pour la population en général, seront des nôtres.




